Espace Roche Bobois

Espace Roche Bobois

« Africomania » est encore une suite de sculptures et dessins mais cette fois « expérientiels », à la limite du champ de mes préoccupations. Une boucle en sérendipité, pour aller chercher au cœur d’une digression le point de vue géométral différent pour débloquer la progression naturelle, naturelle c’est à dire dans un procès endogène, d’une œuvre en boucle à cette époque , inhabitable en quelque sorte..

L’idée était qu’un plasticien pouvait se glisser sous les marques signalétiques d’un genre quelconque dès lors qu’il s’inscrirait dans une typologie de formes familières et participerait d’une technologie de mise en œuvre connue  par lui-même .Combien le font pour enfourcher les tendances portées par les instances culturelles faisant autorité….

Imprégné depuis l’enfance de la statuaire de l’Afrique noire et connaissant les techniques du modelage et du moulage, enseignées par mon père, et ce dans les règles de l’art, et  répliquant la statuaire médiévale de Catalogne Nord depuis quelques années déjà pour les communes de notre département sous contrôle des Monuments Historiques, j’avais toutes les cartes en mains pour tenter l’expérience.

Le résultat fut étonnant, participant d’une destination prévue, l’œuvre pouvant être assimilée à l’œuvre en référence quelque chose venait s’indiquer au bord du discours de l’idem, comme une résurgence « d’ipséité » , démarquant la statuaire de l’art. Il y a quelque chose d’irréductible dans l’acte de création, quelque chose que l’on « ne peut nommer », et qui habite un objet, quelque soit sa destination ou son inscription sociale, la mémoire qu’il présuppose et celle qui est au travail, quelque soit le niveau de sa reconnaissance et les registres formels et sémiotiques qu’il engage , lorsqu’il est habité il rayonne, il résonne pour le sujet qui le voit et qui l’entend….

 

 

Kubus de Hanovre

Kubus de Hanovre

« Porc-modernité » 1986

une suite d’une dizaine de sculptures, grandeur nature, exposée à la fondation Boris Vian à côté du Moulin Rouge à Paris, exposée à la Maladrerie, lieu d’art ANGI ( association nouvelle génération immigrée ), exposée au Kubus de Hanovre , partagée avec les « peaux de la terre  » du peintre Roger Esteve. Chaque fois j’ai subi quelques réactions d’agressivité, des femmes, des catholiques, des musulmans, même des allemands qui ont perçu une rancœur de la deuxième guerre mondiale ou ils appelaient les français « têtes de cochon ».  » Dieu merci » les cochons eux ne m’ont rien dit .

Tous ces mini scandales n’étaient pas prévu bien sûr et avec ce jeune travail, j’ai réalisé qu’une œuvre d’art participe toujours d’un quiproquo, dans le meilleur des cas librement consenti. Aussi, depuis je ne prête plus, ou je prête moins le flanc à des interprétations intempestives…

Je n’aime pas les interprétations parce qu’elles sont la trace d’une volonté de savoir et qu’une œuvre d’art selon moi n’est pas faite pour ça, sinon pour être investie, reconduite, inventée à nouveau, transposée, décalée dans des constructions qui appartiennent aux sujets regardant l’œuvre.

Ces sculptures avaient été faites pour être installées au prieuré de Serrabona… ce ne fut pas le cas bien sûr  ! Elles n’ont jamais été installées sur mon territoire de Catalogne Nord.

espace d’art la Maladrerie Aubervilliers

espace d’art la Maladrerie Aubervilliers

Les « corps lapidaires » 1986

encore une suite de sculptures, imageant des corps sortant de terre , encore enfouis à mi-ventre. Moulage et sculpture , résine polyester stratifiée et végétaux.

Une suite moins complexe que les crosses ou les bâtons insignes antérieurs, avec un socle théorique en retrait. Un travail qui semblait ne pas porter ma démarche, un travail qui se serait affranchi de cette complexité théorique, qui m’apparaissait à l’époque comme une nécessite. conséquence probable de l’enseignement reçu , je sentais comme un manque d’identité à ne pas maitriser la gravitations des sens autour de l’œuvre … Toutefois, ces sculptures portaient en elle-même, dans la constitution de leur image, l’implication de l’espace coextensif, elles étaient destinées à la contextualisation. Je sentais, sans l’avoir conscientisée,  la force de la « sémiogenèse » contextuelle.

Affranchis de mon intentionnalité,  ces corps lapidaires initiaient à l’époque une question qui aujourd’hui est  au cœur de mes préoccupations, la sculpture, comme l’art en général ne peut être assujettie à un contenu de pensée convoqué en amont et dans le territoire du langage, elle ne peut être qu’un acte d’une liberté acquise contre soi-même. Le jeux spontané de l’installation, qui ajoute à la constitution de l’œuvre elle même des signes exogènes, liés au contexte même de l’installation, déplace le sens de façon radicale et positionne quasiment hors jeux le sujet actant l’œuvre au profit d’un hasard transversal du lieu et de l’instant, du regard de l’autre et de l’œuvre émancipée.

 

Galerie l’écurie perpignan

Galerie l’écurie perpignan

Les « Bâtons / insignes » 1986 /1988 sont des sculptures dérivées des crosses .

la référence  au buste en bronze liée à la mémoire de mon père, le sculpteur Roger Maureso,  est investie, colonisée par la végétation, des roseaux d’étang, du chanvre, du noisetier . Le travail de la sculpture, du modelage  est remplacé par le moulage, et l’épreuve creuse est assumée comme une peau, en l’occurrence de synthèse, délimitant les contours d’un vide central. Avec le recul, je ressens le poids de l’ anamnèse, ces formes ne sont pas sortie d’un chapeau, si j’ose dire mais de ma protohistoire , des primo/ percepts de l’enfance, entre l’œuvre de mon père omniprésente et la nature comme territoire personnel autour de la maison familiale.

Il s’agissait probablement pour moi d’opposer à la « tendance », ( rapport à l’art, initié par l’enseignement exclusif de l’école d’art ) venant coloniser  mon territoire et laissant des traces dans mon langage plastique, d’opposer un contre langage plastique, contre parce que singulier, contre parce qu’endogène et s’originant sinon dans la modélisation ambiante du rapport à l’art, mais venant de la gravité enchâssée au centre de mon être.

 

Place du Vieux St Jean Perpignan

Place du Vieux St Jean Perpignan

« Les crosses » 1984

premier  travail assumé, première installation quatre années après mon DNSEP en 1980, Place du Vieux St Jean adossée à la cathédrale St Jean et simultanément, dans la galerie Espace 3 , à Perpignan. L’exposition était organisée à la fois par le CDACC, dirigé alors par Joséphine Matamoros et la galerie Espace 3 dirigée par Roger et Monique Esteve.

Ces sculptures, faisaient référence aux crosses pastorales  des évêques, bâton de pouvoir surmonté d’un symbole de spiritualité, elles étaient présentées de façon oblique,  » ni au garde à vous ni à plat ventre  ni à genoux « . Déjà , comme en témoignent les photos , je manifestais un goût particulier pour la mise en scène, la contextualisation en l’occurrence contre la cathédrale, tout contre.

J’avais sans doute des comptes à régler avec la représentation, pris en étau entre une culture familiale d’après guerre  et un enseignement « artistique » idéologique, dont la trajectoire pédagogique était conduite par André Valensi,  jeune membre du mouvement émergeant  « support/surface ».

32 ans après, je ne pense pas avoir réglé ces contradictions structurelles et l’oblicité amorcée comme réponse singulière à cette époque là demeure , sous des modalités différentes , le territoire  d’identification de mon vrai rapport au monde, intime et social.